Espoirs déçus…

Sitôt avalée, en cette soirée du 20 novembre 1975 la dernière coupe du champagne offert par les vieux copains espagnols et partagé avec eux, histoire de fêter le trépas du vieux dictateur, l’après Franco semblait leur ouvrir enfin les portes de l’avenir. Le retour au pays et la reconstitution tant attendue des organisations révolutionnaires anéanties par le fascisme, notamment la CNT, furent mis à l’ordre du jour chez les exilés mais aussi en Espagne même et parmi tous celles et ceux qui ont combattu durant quarante ans au péril de leur liberté et aussi de leur vie. Mais comme les caciques de l’ancien régime, en voix de ralliement avec des politiciens opportunistes (excusez du pléonasme) n’avaient aucune intention de lâcher la bride, la transition « démocratique » s’annonçait pour le moins périlleuse… Elle le fut.

La répression féroce continua à s’exercer sur les militants libertaires et anarcho-syndicalistes et les provocations, tel l’attentat contre le théâtre« la Scala » en janvier 78, visèrent à décrédibiliser la parole anarchiste et à criminaliser ses militants. Les sinistres prisons, la Modèlo à Barcelone, Carabanchel, Alcala de Henares à Madrid, s’emplirent à nouveau des cris de souffrance et de révolte des détenus réunis dans leur organisation de lutte : la COPEL, qui mena la résistance au système carcéral durant plusieurs années et disparut avec l’introduction de la cocaïne par l’administration pénitentiaire espagnole…

Après le MIL et les GARI, groupes autonomes actifs  après l’exécution en 1974 de Salvador Puig Antich et qui agirent des deux côtés des Pyrénées, des militants libertaires poursuivirent la lutte, parmi eux Bernard Pensiot (décédé en 2018) et Victor Simal. C’est leur parcours et celui de leurs compagnes et compagnons dans cette période agitée que nous offre David Rappe dans son livre publié par L’Atelier de Création libertaire.

Cet ouvrage dans lequel je reconnais les noms de compagnons dont j’ai été proche dans les années 70, certains que j’ai même croisé, comble un vide historique et rend hommage à leur courage. Il nous propose aussi une analyse critique et bienvenue des organisations libertaires, prises entre tentation à l’ultra violence et dogmatisme mortifère. Biberonné intellectuellement par les anciens à qui je dois ma prise de conscience et actif dans des groupes autonomes, je ne me suis jamais senti en porte-à-faux. Je ne puis que regretter qu’encore de nos jours, au vu de ce que représente le mouvement anarchiste, nous soyons infoutus de négocier un consensus qui nous permette de d’accepter nos différences et d’avoir des débats exempts de problèmes d’égos.

Mais ayons confiance ! Les nouvelles générations de petites et petits anars forts de nos expériences et plus raisonnables trouveront sans aucun doute la solution…

Henri Cazales /radio-asso. Montauban.

« Espoirs déçus / Engagements antifranquistes et libertaires durant la transition démocratique espagnole » de David Rappe / Atelier de création libertaire.

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