Où sont les « Gens du voyage » ?…

Enfant je les croisais en route vers les vacances provençales sur le chemin des Saintes, les lourdes roulottes tirées encore par des chevaux ou de poussives camionnettes. Je les côtoyais aussi dans mon quartier sur les rives du Tarn où une famille s’était sédentarisée. Nous usions les mêmes bancs de l’école publique, et souvent ceux de la buissonnière, lorsque les traditionnelles foires et fêtes attiraient manèges et métiers. Nous partagions alors les mêmes jeux et le même mercurochrome généreusement dispensé par nos instituteurs. En ces temps lointains, les hussards noirs de la République nous inculquaient sans ménagement les valeurs d’égalité et de responsabilité sans avoir à craindre les représailles de parents d’élèves hystériques. De mon côté, ayant eu la chance de naître de parents pour lesquels seule la valeur humaine comptait, la relation avec les autres m’a été facile quelque fut l’origine de mon interlocuteur. Mon ouvrier de père partageait souvent le fruit de sa pêche dans les eaux encore limpides du Tarn avec les Manouches auprès lesquels il échangeait savoir-faire et astuces dont, on l’oublie trop souvent, ont dépendu leur survie. Malgré qu’ils soient accepté par la majorité des autres riverains avec lesquels ils pratiquaient d’interminables parties de pétanque sur une route encore non asphaltée, quelques grincheux auraient bien vu leur évacuation, alors gare à leurs cerisiers… Plus tard, lorsqu’il me prit l’envie de pratiquer la brocante, j’ai beaucoup appris de ces voyageurs et apprécié leurs pratiques commerciales qui ne furent avec moi jamais malhonnêtes. Si on ne leur avait pas chassé et refusé de les leur vendre, ils n’auraient peut-être jamais volé de poules. Si on leur offrait un peu plus de considération et d’empathie, ne seraient-ils plus voleur de cuivre…

Bien au contraire, hélas, le monde des « gens du voyage » comme on dit maintenant, est toujours ostracisé, rejeté vers la marge sociale, et subit un antistiganisme de plus en plus violent de la part des institutions sans que cela n’émeuve au-delà les champions de l’antiracisme. Peut-être que l’itinérance ne constitue pas un électorat profitable aux carriéristes politiques…

Pour les autres, celles et ceux qui veulent connaître les conditions de vie des Voyageurs en ce 21 ème siècle, William Acker, juriste issu de leur communauté et à ce titre parlant en toute légitimité, vient de publier aux éditions du commun un remarquable ouvrage d’analyse des conditions de vie et d’hébergement dans notre pays, qui d’ailleurs et quoiqu’il en paraisse est aussi le leur, le tout complété par l’inventaire des aires d’ »accueil » et des nuisances récurrentes qui les accompagnent.

Un détail me frappa une fois où je me trouvais à mon corps défendant dans une brigade de gendarmerie, le dossier consacré aux « menées anarchistes » côtoyait celui des « gens du voyages »… Coïncidence ou même amour de la Liberté ?…

Henri Cazales / Radio-Asso. Montauban

« Où sont les « Gens du voyage » ? » de William Acker aux éditions du commun.

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