Le silence des appelés…

Alors que nos pères, voire grands-pères se régalaient à nous épuiser les oreilles avec les  épisodes virils de leurs guerres, pourquoi nos grands-frères, mirent-ils si longtemps à nous narrer la leur, celle d’Algérie ? Culpabilité après l’échec, impression de s’être fait avoir par les politiques, honte d’avoir participé à des exactions, d’avoir été complice d’un système colonial, sentiment d’avoir perdu sa jeunesse… Tout ça certainement à la fois et chaque petit soldat a tiré à sa façon le rideau sur cette période de sa vie pour s’empresser d’oublier…  Pour en apprendre un peu, il m’a fallu passer de longues nuits au centre de tri postal où je travaillais à l’époque, quand la fatigue et l’alcool aidant, quelques collègues s’abandonnaient à des confidences. Ils se soulageaient alors en parlant de leurs rapports tendus avec la hiérarchie, de leurs relations ou absences de relations avec la population indigène, des difficultés avec les colons   tentant de les chasser des orangeraies, de leurs peurs lors des nuits de garde qui leur faisait confondre des chèvres avec des « fellagas », des flirts aussi avec les petites « pieds-noirs » et des journées à la plage pour ceux qui y avaient accès… Je me souviens aussi de Jacques, un gars généreux, un artisan compétant.   Pupille de la nation, il avait été placé tout gosse dans une ferme. Pour en sortir, il s’engagea et fut affecté dans les commandos. Son traumatisme était tel que l’ayant sollicité pour initier un stage de tapisserie d’ameublement dans le centre d’accueil que j’animais, il faillit en venir aux mains  avec un usager maghrébin. « J’y peux rien, mais je ne les supporte pas ! ».   Mon copain Jacques n’était jamais rentré d’Algérie…

Il fallut un demi-siècle pour que la parole se libère. Les associations mémorielles existent pourtant depuis longtemps mais il ne semble pas que la remise en cause de la guerre coloniale est été à l’ordre du jour.  Il a fallu attendre la création de la 4acg et leur décision de reverser leur pension à des actions de solidarité, de s’engager dans la réparation plutôt que dans une symbolique « repentance », pour que l’étau se desserre et que la parole se libère enfin. Et ça a fait sacrément du bien !…

Claude Juin, un des premiers appelé à s’être exprimé dès 1962, vient de sortir aux éditions Nouvelles Sources, un nouvel ouvrage d’analyse et de témoignages. Ce livre qui vient briser un peu plus l’omerta sur la dernier conflit impliquant des citoyens ordinaires arrachés à leur vie quotidienne, est un incontournable pour celles et ceux qui s’interrogent sur les problèmes relationnels entre nos deux pays et qui cherchent à y trouver remède…

Henri Cazales / Radio-Asso. Montauban

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